Vous allez sûrement vous demander pourquoi je publie une histoire qui n'a aucun rapport avec ma fiction. Mais en faite, je consacre beaucoup de temps à celle-ci, ça va faire deux semaines que je suis dessus. Alors j'aimerai avoir vos avis, bon comme mauvais pour savoir si mon imagination peut continuer de fonctionner ou pas. Je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que celle ci vous plaise.
Je détestais mon père. J'adorais Londres. Ville qui m'avait vu grandir depuis ma plus tendre enfance. J'y avais mes souvenirs, mes repères, mes habitudes, mes amis. Je comptais même y passer ma vie. J'y avais tout vécu. Mes premières sorties, mes premiers pas, mes premiers mots, mes premiers amours. Tout. Mais c'était sans compter sur l'aide précieuse de cette personne qui était censée être mon père.
- Quoi ? Lui demandais-je.
- Tu m'as très bien compris Chace, on déménage définitivement, me répliqua-t-il souriant de toutes ses dents.
Je restai de longues secondes, l'air hébété, ne sachant que dire. Je fixais simplement mon géniteur, croyant que cette histoire n'était qu'une plaisanterie de mauvais goût comme il avait l'habitude d'en faire. Il paraissait très sérieux. Il me regardait droit dans les yeux, ne baissant même pas son regard quand je le fixais, signe qui prouvait l'authenticité de ses paroles. Malheureusement. Le mot définitivement résonnait dans ma tête, il faisait beaucoup plus de mal que n'importe quelle autre parole. Je me décidais enfin à poser la question qui me hantait.
- Où partons-nous ? Le questionnais-je.
- A Manchester, me répondit-il, le sourire aux lèvres.
Je compris bien assez vite, ce que cela voulait dire. J'allais devoir tout quitter pour lui. Pour cette personne qui avait toujours fait passer sa vie professionnelle avant ma mère et moi. Physiquement, il ressemblait aux hommes de son âge. Ce qui veut dire aux hommes de plus de quarante ans, en effet ses cheveux étaient bruns même s'ils commençaient à grisonner un peu. Il n'était pas très grand, je le dépassais depuis l'âge de quinze ans. Il portait des grosses lunettes noires rectangulaires et il avait un nez crochu. De plus, il avait un léger embonpoint qui commençait à se voir au niveau du ventre. En clair, il n'était pas particulièrement séduisant pour quelqu'un d'une quarantaine d'années. Depuis toujours il ne vivait que pour Manchester. Manchester. Manchester. Un enfer à l'état pur pour moi.
Manchester se trouvait à environ quatre-cents kilomètres plus au nord de Londres. D'après, ce que je voyais quotidiennement à la météo, le temps y était glacial. Il y pleuvait deux fois plus qu'ici. Une grande partie de l'année, il faisait nuit avant six heures du soir. Encore plus tôt qu'à Londres. La température n'atteignait jamais les vingt degrés Celsius l'été et descendait souvent en dessous de zéro l'hiver. Les nuages envahissaient le ciel, les rayons de soleil étaient quasiment inexistants. Comment allais-je faire pour vivre là bas ? Londres n'était pas non plus le paradis pour tout le monde. La pollution était très présente et englobait le ciel. Il y avait énormément d'embouteillages sur les boulevards. Les gens n'étaient pas très agréables, bien au contraire. Dans les rues commerçantes, il n'était pas rare de piétiner pour pouvoir avancer. Malgré, tout cela, je m'y sentais bien. Un bonheur à l'état pur pour moi.
- Alors qu'est ce que t'en penses ? M'interrogea-t-il.
- C'est une très bonne idée, j'ai hâte d'y être, mentis-je
- Heureux, que ça te plaises fils, me dit-il en touchant ma joue gauche.
- Pourquoi déménageons-nous près de votre entreprise père ? Demandais-je.
En effet, il travaillait à Manchester, depuis que j'avais cinq ans, il ne revenait à Londres, qu'une à deux fois par mois, me laissant seul avec ma mère. Le reste du temps. Il n'avait jamais été un père pour moi, je ne le voyais jamais, il ne s'intéressait pas à ma vie, il ne savait rien de moi. Je le considérais simplement comme mon géniteur. Rien de plus. Rien de moins. Je savais très bien que d'un côté j'étais cruel avec lui mais il le méritait. Chaque année, il avait oublié mon anniversaire, il ne connaissait rien de la vie de son propre fils. Il n'avait jamais été présent quand j'avais eu besoin de lui. Je passais mon temps à lui mentir, c'était devenu une habitude. Il ne remarquait rien. Jamais il n'avait daigné à m'appeler quand il était à Manchester. Moins je le voyais, mieux je me portais. Ma vie sans lui me convenait parfaitement, j'étais heureux. Malheureusement, quand il était là je me sentais mal, enfermé. Il m'oppressait.
- J'aimerais que toi et ta mère vous vous rapprochiez de moi, je veux qu'on forme une véritable famille unie, me répondit-il
- Nous trois, une famille ?
- Oui mon fils, j'aimerai rattraper le temps perdu avec toi, je sais très bien que je ne suis pas très présent dans ta vie mais je veux tout faire pour changer les choses entre nous crois moi, je suis plein de bonnes intentions à ton égard.
- Tu ne pourras jamais rattraper les années que tu as perdu en travaillant à Manchester, tu ne sais rien de moi, crois tu réellement que tu seras capable de me faire passer avant ton travail ? Je ne pense pas, tu en es incapable, ton boulot c'est ta vie. Personne ne changera ça même pas un déménagement.
- Insinues-tu que je ne connais même pas mon propre fils ?
- Je n'insinue rien, j'en suis sûr. Tu ne sais même pas ma date de naissance.
- Bien sûr que je la sais. Tu ... es ... né ..... le 17 Juillet 1990
- Faux, c'est mère qui est née le 17 Juillet, moi je suis né le 24 Avril mais tu avais au moins la bonne année c'est déjà ça.
Contrairement à lui qui ne savait rien de moi, je connaissais mon père mieux que quiconque, je savais parfaitement comment son esprit de PDG fonctionnait. Il agissait toujours par intérêt et jamais par envie. Il m'avait toujours vu comme le futur dirigeant de sa société et jamais comme son fils. D'après lui, j'étais le président idéal pour son entreprise : travailleur, acharné, autoritaire, perfectionniste. Tout son portrait. En aucun cas le mien. S'il me connaissait, comme il le prétendait, il aurait su depuis longtemps que je n'étais pas du tout autoritaire et encore moins travailleur. J'avais toujours été du genre discret et calme, du moins quand il n'était pas dans les parages. Mais je n'étais pas pour autant timide. Simplement, je n'aimais pas spécialement me faire remarquer. Solitaire, je passais des heures entières, seul. La plupart du temps, je pensais. Je me demandais souvent si j'étais obligé de suivre la voie que prédestinait, mon géniteur pour moi. Je ne rêvais pas de ça. Voyager. Voilà mon envie. L'Australie et la France me passionnaient. Tout comme la photographie. Pourtant, mon père étant riche, toutes les portes des universités m'étaient ouvertes. Oxford. Ce qu'il espérait pour moi. Si seulement il savait. Je n'aimais pas particulièrement les cours. Mais je ne les détestais pas pour autant. L'année dernière, je m'étais efforcé d'avoir simplement la moyenne en cours. Je ne passais pas des heures et des heures à travailler. Chose qu'il aurait trouvé inconcevable, s'il l'avait su. Je commençais à partir mais il me rattrapa par le bras.
- Je connais plus de choses sur toi que tu ne le penses fils, s'exclama-t-il en tenant fermement mon bras, faisant en sorte pour que je ne parte pas.
- Crois moi tu es incapable de rattraper le temps perdu c'est trop tard. Tu as perdu l'amour de ton fils il y a bien longtemps déjà alors ne perd pas son respect en t'enfonçant dans le mensonge.
- Parle moi autrement, je suis toujours ton père.
- Mon père ? Je t'aurai plutôt défini comme étant mon géniteur, rien de plus.
A peine avais je fini de dire ma phrase, que je sentis sa main s'abattre sur ma joue, il venait de me gifler, ma joue était endolorie, j'essayais tant bien que mal de cacher ma colère. Pourtant il ne m'avait même pas fait mal, j'étais tout simplement choqué. Jamais, il n'avait levé la main sur moi. Jusqu'à aujourd'hui.
- De quel droit oses-tu me frapper ? L'interrogeais-je
- Je suis ton père j'ai tous les droits, tant que tu vis sous mon toit, répondit-il
- Quand comprendras-tu que pour moi tu n'es pas mon père ? Tu ne sais même pas ma date de naissance, tu ne sais rien de moi, rien du tout, alors ne joue pas aux pères modèles, ce n'est pas le cas.
- Je suis désolé, mais les choses vont changer quand vous serez ta mère et toi à Manchester.
- Qu'est ce que tu veux changer ? Tu peux me le dire ? Je ne veux pas que les choses changent. Ma vie me convient parfaitement comme ça. C'est trop tard pour les excuses, fallait y penser avant. Mon père est mort il y a longtemps déjà...
Je quittai alors la salle à manger et montai les escaliers pour aller dans ma chambre. Je pris soin de fermer la porte derrière moi de peur que quelqu'un vienne me voir. Allongé sur mon lit, je fermai les yeux pour penser à elle. La seule qui me connaissait vraiment au jour d'aujourd'hui. J'avais rendez-vous avec elle dans deux heures, nous devions fêter nos deux ans ensemble. Triste, je ne savais même pas comment j'allais lui annoncer mon départ pour Manchester. Impossible. Mais pourtant il le fallait, on ne me laissait pas le choix. Ça allait faire deux semaines qu'on ne s'était pas vu. Pourtant, j'avais l'impression que ça faisait beaucoup plus que ça. Tellement le temps était long, très long sans elle. Le temps était souffrance et tristesse. Ma vie était malheur sans elle. Elle représentait énormément pour moi. Elle était la raison de mon bonheur permanent, la cause de mon sourire. Elle trouvait toujours les mots quand ça n'allait pas. Ses câlins, ses baisers étaient indispensables à ma survie. Je ne concevais pas ma vie sans elle. Cela était plus qu'impensable. Je me souvenais encore du jour de notre premier baiser juste avant les vacances d'été. Elle était déjà une amie pour moi mais ce jour là tout avait basculé. Elle sortait avec quelqu'un de plus vieux que nous. J'étais devenu jaloux. Jaloux de lui. Il pouvait la toucher, l'embrasser. Alors que moi non. Il me dégoutait. Ne tenant plus, de les voir tous les deux, j'avais pris mon courage à deux mains pour tout lui avouer. Au début, elle ne m'avait même pas répondu mais quelques secondes après elle m'avait embrassé. Tout avait commencé. Depuis, on ne se quittait plus, personne n'arrivait à nous détacher l'un de l'autre. Inséparables. Avant elle, il n'y avait pas eu beaucoup de filles. J'avais du succès avec la gente féminine. Mais je les trouvais trop superficielles et pas assez naturelles. Je n'arrivais jamais à m'attacher à elles. Jusqu'à elle. Elle ne ressemblait pas aux autres filles, elle était plus souriante, moins naïve. Beaucoup plus spontanée. Amoureux, comme au premier jour, je me préparai. Il fallait que je prenne une douche, j'avais ôté mon jean quotidien pour mettre un pantalon de smoking noir, en haut, j'avais mis une chemise blanche avec par dessus une veste noire. Je voulais fêter l'événement comme il se devait. Pour l'occasion, je lui avais acheté un collier en or blanc avec un pendentif en forme de c½ur orné de diamants, derrière lequel j'avais fait graver nos prénoms. Un peu sentimental tout de même. Il était bientôt l'heure. Avant de descendre, je me regardai dans le miroir une dernière fois, le bouquet de roses blanches à la main. J'étais plutôt séduisant. En bas, se trouvait toujours mon père. Il n'avait pas bougé... Passant près de lui, je l'ignorai. Je ne voulais pas m'énerver une fois encore contre lui. Pour moi le contact était rompu. Mais il n'avait pas l'air de cet avis :
- Où vas-tu habiller comme ça ? Me questionna-t-il
Je ne répondis pas, le laissant parler tout seul.
- Répond moi quand je te pose une question, fils.
- Pourquoi je te répondrai ? Ma vie t'intéresse maintenant ?
- Parle moi sur un autre ton, tu me dois le respect.
- Je vais voir ma petite amie, t'es content. Je peux m'en aller ?
- Dans cette tenue ?
- On fête notre anniversaire, ça fait deux ans qu'on est ensemble.
- Je suis fier de toi, quand aurais-je l'honneur de connaître cette demoiselle ?
- Pour ta gouverne, sache que tu l'as déjà vu plusieurs fois.
- Ah bon ? Quand ça je ne m'en souviens plus ?
- A Noël, pendant les vacances, à mon anniversaire. Ah non je suis bête tu n'étais pas là ce jour là.
Fais attention à toi, j'ai l'impression que t'oublies facilement les choses quand il s'agit de moi. Étrange tout de même.
Après lui avoir dit ça, je partis immédiatement dans le salon où se trouvait ma mère. Je me demandais souvent comment elle faisait pour supporter mon père. Un jour je lui avais même posé la question elle m'avait répondu qu'avant il n'était pas comme ça. Elle était la seule personne présente dans cette maison que j'aimais réellement, elle comptait énormément pour moi. Toujours à mes côtés, attentionnée. Elle avait de nombreuses qualités. Contrairement à mon géniteur, elle était très jolie. Ses longs cheveux châtains ondulaient légèrement sur ses épaules, ses yeux d'un vert émeraude illuminaient son visage au teint pâle. Svelte et affinée. Elle ne faisait pas son âge. J'avais hérité de sa grande taille, de son teint pâle et de ses cheveux. La seule chose que je tenais de mon père c'était mes yeux bleus. Ils devaient repartir tous les deux, pour Manchester dans une heure. Ils allaient choisir notre future maison. Future maison. Ce mot me répugnait plus que tout. Je ne voulais en aucun cas quitter la ville. Je devais rester ici. Pour ma propre survie. J'étais incapable de vivre loin de Londres. Je ne pouvais pas. Il fallait encore que mon géniteur me pourrisse la vie. Il s'entêtait à jouer le père modèle qu'il n'avait et qu'il ne serait jamais. Il ne se rendait même pas compte du sacrifice que j'allais faire. De ce que j'allais endurer loin d'ici.
- Monsieur Chace, Mademoiselle Georgina pour vous à la porte, dit soudain Dorothy la gouvernante.
- J'arrive tout de suite, dîtes lui de m'attendre dans le parc, lui répondis-je.
Elle était en avance. Mon c½ur commençait à battre la chamade. Elle était là à quelques mètres de moi. Je pris le bouquet de roses blanches. Je sortis immédiatement de la maison. J'allais la rejoindre sur le banc dans le parc. Elle était magnifique, encore plus que d'ordinaire. Elle portait une longue robe rouge. Elle avait attaché ses longs cheveux bruns en un chignon. Ses yeux bleus ressortaient grâce à son maquillage. Je m'approchais d'elle doucement, je la pris dans mes bras et l'embrassai. Comme toujours, mon c½ur en avait décidé autrement et commençait à s'emballer. A chaque baiser, il battait la chamade. Aujourd'hui plus que jamais. Elle me repoussa délicatement pour se détacher de mon étreinte. Son visage fermé ne laissait paraître aucune émotion. Elle me regardait. Simplement. Elle ne parlait pas. Aucun son ne sortait de sa bouche. Elle était plus silencieuse que jamais. Finalement, je me décidai enfin à lui parler.
- Qu'est ce qui se passe ? lui demandais-je.
- Il faut qu'on parle, me répondit-elle.
- Allons y discutons.
- Il faut que je te dise quelque chose.
Son ton froid et hautain, me frappa instantanément. Habituellement, sa voix était une douce mélodie pour mon oreille contrairement à aujourd'hui. Elle me fixait impassible, attendant sûrement une réponse. Elle se tenait loin de moi, en retrait.
- Moi aussi, j'ai quelque chose à t'annoncer.
- Quoi ?
- Je ... dois ... déménager ...à Manchester.
- A Manchester ?
- Oui, je suis obligé de partir. On ne me laisse pas le choix.
Elle ne répondit pas et affichait toujours cet air froid qu'elle ne prenait jamais auparavant. Elle commençait même à me faire peur. J'avais souvent cette sensation de n'être pas assez bien pour elle. Elle pouvait faire ce qu'elle voulait de sa vie. Elle excellait dans tout ce qu'elle entreprenait contrairement à moi. Ses parents avaient hérité de leur château, où ils vivaient maintenant. Ils étaient puissants et riches, encore plus que mes parents. Nos familles se haïssaient depuis toujours. Finalement, ils avaient tout de même réussi à m'accepter. Ma mère quant à elle adorait Georgina. Elle la considérait presque comme sa propre fille, qu'elle n'avait jamais eue.
- Mais ne t'inquiètes pas j'ai trouvé une solution pour qu'on puisse se voir quand même, lui dis-je.
- A bon laquelle ?
- Tu pourrais venir vivre à Manchester avec nous, qu'est ce que tu en penses ?
- Habiter à Manchester avec toi ?
- Oui, au moins on se verrait tous les jours comme avant.
- Et ma famille dans tout ça ?
- Tu pourras revenir le week-end à Londres pour les voir.
- Tu crois vraiment que je vais abandonner mes parents et ma vie ici pour toi ?
- J'espérais que oui mais faut croire que je me suis trompé. Dommage. Je ne compte peut être pas assez pour toi.
- De toute façon, nous deux ça ne peut plus continuer.
- Pourquoi ? Parce ... que je ... pars à Manchester ?
- Non, ce n'est même pas à cause de ça.
- Qu'est ce qui se passe alors ?
- Je ne t'aime plus, je ne veux pas que nous deux ça continue.
- Tu... ne m'aimes... plus ? Bafouillais-je.
Elle avait dit ça de but en blanc. Elle avait toujours été franche, mais aujourd'hui elle m'étonnait. Elle faisait preuve d'une assurance que je ne lui connaissais guère.
« Oui, notre histoire ne nous apporte rien de bon, toi à Manchester, moi ici ça ne marchera pas, déclara-t-elle.
- Tu es ce qu'il y a de mieux dans ma vie, tu ne peux pas me laisser.
- Si je le peux. De toute façon ma décision est prise.
- Tu me... quittes ?
- Oui c'est mieux comme ça. Pour toi comme pour moi.
Mon cerveau semblait ne plus fonctionner. Je n'arrivais pas à donner un sens à ses paroles. C'était comme si elle me disait quelque chose de très évident, mais je n'avais aucune idée de ce que c'était. Mon esprit jouait avec l'information, reconstituant les phrases. Dénuées de sens. Mon corps était paralysé sous la douleur. Je n'arrivais plus à bouger, ni même à parler. J'étais incapable de réagir. J'essayai tout de même de bafouiller quelques paroles.
- Tu penses vraiment ce que tu dis ?
- Comment ça ?
- Penses tu que ce soit bien pour moi de perdre celle que j'aime le plus ?
- Oui.
- Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ?
- J'en avais marre de jouer à ce jeu. Je suis incapable de continuer à faire semblant de t'aimer, alors que ce n'est même plus le cas.
- Va-t'en.
La colère commençait à envahir mon corps tout entier. Il fallait que je trouve quelque chose. Elle ne devait pas voir ma souffrance.
- Pourquoi ? Me demanda-t-elle en me regardant droit dans les yeux
- Je ne veux pas te voir, lui répondis-je en baissant le regard.
- Je suis désolée.
- C'est trop tard
- J'ai... une dernière... faveur... à te .... demander, lui dis-je
- Laquelle ? Me demanda-t-elle
J'inspirais alors fortement pour me donner du courage et tenter de mettre une once de franchise de ma voix, afin de lui éviter de trembler. J'étais obligé de lui mentir. Il le fallait.
- Je... ne .... veux ... plus jamais ... te voir ...
Cette dernière phrase s'étrangla dans ma gorge. Je m'infligeai une douleur plus qu'insoutenable. Je déglutis avec difficulté, concentrant toutes mes forces pour tenter de rester impassible. Je ne supportais plus d'entendre sa voix, elle me faisait trop souffrir. Son visage commençait à se décomposer.
- Pourquoi ?
Je sentis une pointe de tristesse dans sa voix, elle avait l'air étonné par ma demande. Elle devait comprendre et me croire.
- Je suis incapable de te regarder en face, on dit que la haine et l'amour sont des sentiments très proches et je crois que c'est réellement le cas. Pour moi en tout cas.
Je me dégoûtais de ma propre lâcheté. Elle parut alors déstabilisée, ses yeux perdirent tout éclat et le peu de couleur qu'il restait sur ses joues s'évaporèrent à l'instant où elle comprit. Le visage de ma bien aimée paraissait alors aussi pâle que le mien.
Je mentais de plus en plus. Tout ce que je prononçai, n'était que mensonge. Je ne la détestais pas loin de là.
- Même en tant que amis ?
Je me sentais mal. Pourtant jamais je n'avais été aussi sûr de moi. C'était la seule solution possible, la seule issue pour moi. Par amour pour elle, je me devais de ne plus la voir. Sinon je souffrirais.
- Je ne veux plus te voir, en tant qu'amie, en tant qu'ennemie, même en tant que rien du tout. J'ai besoin de temps. Mais tu verras le temps guérit les blessures, tu ne m'aimes plus alors tu m'oublieras vite.
Je lui jetais un maigre sourire afin que ma réplique sonne plus réaliste. J'étais pourtant sûr d'avoir l'air complètement faux.
- Et toi alors ?
- Je te l'ai dit la haine et l'amour sont des sentiments très proches, j'ai déjà commencé à oublier.
En ce qui concernait ma blessure, en revanche, la cicatrisation était impossible. J'en étais incapable.
- Je crois qu'il faudrait mieux que je m'en aille.
- Effectivement, c'est préférable pour toi.
Elle partit en direction de la forêt, me laissant seul avec mon chagrin et ma peine. Tout était clair dans ma tête, je l'avais perdue, malheureusement je ne pouvais rien changer. Elle ne m'aimait plus. Contrairement à moi. Je ne pouvais rien faire. A part souffrir. Souffrir à cause d'elle. Souffrir à cause de mon amour pour elle. Ma vie tout entière venait de s'écrouler en à peine quelques minutes. Je venais de perdre ma raison de vivre. J'aurais fait n'importe quoi pour elle. Pour lui prouver à quel point je l'aimais. Tout cela ne suffisait pas, elle avait choisi, je ne pouvais rien changer. Pas même l'oublier, cela était impossible. Le collier était toujours dans ma poche, caché dans son écrin. J'ouvris le paquet, restant à contempler le pendentif. Je le trouvais beau. Malheureusement. Je n'arrivais pas à en détacher mes yeux. Il représentait le passé. Notre passé ensemble. Je savais que si je le jetais, je tirais un trait sur nous deux. J'en étais incapable. Pourtant, l'oubli diminuerait mes souffrances. Mais je l'aimais trop pour tout arrêter en un instant. Mon c½ur était mort maintenant, pourtant je respirais encore. J'étais bel et bien vivant malgré mon trou en dessous de mon thorax. Mon esprit hurlait de douleur. Je réalisais, enfin, que je l'avais perdu. Perdu à jamais. Elle ne reviendrait pas. Une heure après, n'ayant pas bougé d'un poil, toujours assis sur mon banc, je partis vers la forêt qui se trouvait dans mon parc. J'essayai de la chercher même si je savais qu'elle n'était pas là, je marchai quand même sans réfléchir. Incapable de faire autre chose. Il fallait que je bouge. Je savais que si je m'arrêtais c'en serait fini. J'avançai, j'avançai encore et toujours, le temps défilait, les minutes s'écoulaient, les heures passaient. L'obscurité commençait à faire son apparition, je trébuchai à chaque pas que je faisais, la forêt me paraissait infinie. La fatigue m'envahissait. Je finis par me prendre les pieds dans un tronc d'arbre, je restai par terre. Je roulai sur la terre humidifiée par la pluie. Ainsi allongé, j'eus l'impression qu'il s'était écoulé beaucoup plus de temps que j'osais l'imaginer. Je ne me souvenais plus depuis combien de temps la nuit était apparue, longtemps sûrement, le ciel était couleur d'encre. Plus tard, la pluie me réveilla même si je ne m'étais pas réellement endormi, simplement perdu dans un torrent de pensées. Cependant, la pluie finit par m'inquiéter, elle était glacée, comme celle qui tombe l'hiver. Tout mon corps était mouillé, mon costume était immaculé de terre, je me protégeai simplement la figure. Les mains sur les yeux. Je commençai à grelotter, le courage me manquait, je n'avais pas envie de bouger. Pourtant il le fallait, je n'allais pas me laisser mourir, même si cette idée me traversa l'esprit un instant. Restant dans cette position des heures encore, je m'endormis. La lumière aveuglante me réveilla, des heures plus tard, il ne pleuvait plus, j'étais au même endroit qu'auparavant dans ma position initiale. Tout autour de moi était dévasté par la pluie, mon costume, mes chaussures. La terre avait cédé sa place à la boue, les marques de pluie inexistantes étaient devenues des immenses flaques d'eaux. Les gouttes recommencèrent à tomber une à une, il était temps que je m'en aille, je ne pouvais pas rester éternellement ici à l'attendre alors qu'elle ne reviendrait pas..... Je me levai enfin, j'avançai d'un pas mal assuré, inconscient de ce qui se passait autour de moi, des heures encore, je marchai sans savoir où j'allais. L'idée me traversa que je tournais en rond mais je continuai quand même, il fallait que je sorte d'ici et de cet enfer aquatique. Mes muscles commençaient à être endoloris conséquence des nombreuses chutes faites la veille, ma respiration était de plus en plus saccadée, ma tête me faisait mal, j'avais le vertige, mais je m'efforçai de respirer normalement pour me détendre. Il fallait que je m'extirpe au plus vite de ce cauchemar qui m'envahissait....Trouvant enfin la sortie de ce labyrinthe floral, la lumière d'un arc en ciel m'éblouissant, je me dirigeai vers la grande maison qui se trouvait à quelques mètres de moi. Sans âge, élégante, d'un blanc un peu vieillissant, comportant deux étages, de forme rectangulaire, elle était majestueuse. Elle ressemblait beaucoup aux maisons de maîtres, des années 50. Je m'y plaisais beaucoup. Les portes et les fenêtres étaient de l'époque, mais elles avaient été l'objet d'une habile restauration. Elle était immense, tout comme le parc qui l'entourait. Tout ça dans une harmonie parfaite. Impatient de pouvoir enfin m'allonger sur mon lit, je pressai alors le pas et arrivai à l'intérieur de la maison. Ma maison. L'intérieur se révélait encore plus impressionnant, moins classique que l'extérieur. C'était ma mère qui avait tout décoré. Tous les murs avaient été abattus pour créer un espace gigantesque. Le rez-de-chaussée était clair et lumineux. J'entendis un bruit sourd, une voix, celle de ma mère pour être plus précis. Elle me parlait. Ne comprenant pas ce qu'elle disait et ne souhaitant pas en savoir plus, je me dirigeai vers le colossal escalier à révolution qui dominait l'est de la salle. J'entendais le grincement des marches, sous mes pas. Je montai dans ma chambre. Je faisais peine à voir, j'étais couvert de boue. Je me regardai dans la glace. J'arrivais à peine à me reconnaître. Une longue balafre, due à mes perpétuelles chutes de la veille, englobait une partie de mon visage. De grandes cernes bleutées avaient fait leur apparition sur mon visage. Mon teint était d'une pâleur extrême. Pire que d'ordinaire. Rentrant dans la baignoire, je laissai l'eau chaude coulée, de longues secondes, le long de mon corps. Ca me détendait. Je sentis les muscles se dégourdirent petit à petit. Je me relaxais. Mon corps était couvert d'ecchymoses. Toutes plus douloureuses les unes que les autres. Je mis la tête sous l'eau. Il fallait que j'essaye d'oublier. Je ne pouvais pas souffrir, je ne voulais plus. Malheureusement, je ne parvenais pas à enlever son visage de mes pensées. Ce même visage qui m'avait fait tant de fois sourire. Mais qui maintenant, me tuait à petit feu. Mon corps tout entier était à l'agonie. Un mort-vivant. Je restai encore une heure dans la salle de bain, essayant tant bien que mal d'arranger mon état déplorable. Retournant dans ma chambre, je pris mon paquet de cigarettes posé sur mon bureau. Je m'assis sur le rebord de la fenêtre, pour fumer. J'en avais besoin. Ca me décontractait. Je repensais encore et toujours à elle. A nous deux. A notre histoire. Je restai quelques minutes, les genoux repliés sur moi-même, recroquevillé. Je n'y arrivais pas. Je pris le collier, que j'avais posé sur mon lit, dans mes mains et le contempla. Je n'en pouvais plus. Je le cassai. Jamais, je n'avais été aussi malheureux et énervé. Je cherchai tous nos souvenirs, nos photos, ses cadeaux. Ils me rappelaient nous deux. Je tombai sur une ancienne lettre qu'elle m'avait écrite :
« Mon amour,
Tu dois sûrement te demander pourquoi je t'écris une lettre, mais ta présence à mes côtés me manque. Déjà une longue semaine, que je ne t'ai pas vu. J'ai besoin de te voir si tu savais. Besoin de sentir tes yeux bleus se poser sur moi. Besoin de sentir tes bras me protéger. Tout simplement, besoin de toi. Ma vie ne vaut plus rien, si tu n'es pas là. Je pense à toi tout le temps. Le jour, la nuit. A chaque instant de la journée. Quand je ferme les yeux, c'est ton visage que j'aperçois. Tous les soirs, je rêve de toi. De ton amour pour moi.
Souvent tu me demandes, ce qui me séduit chez toi. Je vais enfin pouvoir te répondre. J'aime ta sincérité, mon amour. J'aime quand tu me regardes. Tes yeux bleus à couper le souffle. Ton charme discret mais toujours très présent. Ton calme à toute épreuve. Ta gentillesse. T'es l'homme de ma vie, celui sans qui je ne peux plus vivre. Je te le promets, jamais je ne te quitterai. T'es mon unique. Tu es le seul qui a réussi à conquérir mon c½ur. Maintenant, il t'appartient. Nous deux, c'est pour l'éternité. Jamais, je ne veux te perdre. Mes rêves s'accrochent à tes phalanges. De mille saveurs une seule me touche, lorsque tes lèvres effleurent ma bouche. De tous ses vents un seul m'emporte, lorsque ton ombre passe ma porte.
Je t'aime tellement, mon ange.
Georgi' »
Mes yeux devinrent humides. Je sentis des gouttes coulaient le long de mes joues. Je pleurais. J'avais froid. Toutes ses promesses qui s'évaporaient, vers d'autres ciels. Je respirais encore son doux mensonge. Sa voix s'effaçait de mes pensées. Je voulais vivre. Autrefois, j'étais quelqu'un d'heureux. Elle me manquait. Elle et son parfum si envoûtant. Je n'en pouvais plus. C'était trop. Trop dur pour moi. Je brûlai toutes nos photos, toutes ses lettres. Je devais vivre au présent. Et non a ce passé qui me faisait tant souffrir. Allongé sur mon lit, je me couvris la tête avec un oreiller. Les vagues de souffrance qui, jusqu'à alors, s'étaient contentées de m'effleurer se soulevèrent en rugissant avant de s'abattre sur moi et de m'engloutir. Je sombrai. J'étais perdu. Perdu à jamais.....
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Alors j'espère que ça vous a plu =D.
En tout cas, je prends beaucoup de temps à l'écrire.
Pour la description de Chace, c'est un mélange entre Robert Pattinson & Chace Crawford, je vous laisse deviner ce que ça donne.
Je sais aussi que je ne l'ai pas beaucoup décrit mais c'est intentionnel.
J'attends vos impressions.
Moment que vous aimez ?
Merci à tout le monde, surtout à certaines personnes qui se reconnaîtront.